Voilà presque un mois que nous sommes installés dans les locaux d'Incawasi à Cajamarca, et on a plein de choses à vous dire. L'ambiance dans l'association bat son plein et les enfants sont joyeux. Ca fait vraiment plaisir à voir, et on se réjouit d'avoir encore un mois et demi à passer ici, pour continuer d'échanger avec eux et les autres volontaires. Mais nous reviendrons sur notre travail à Incawasi dans un prochain article, ce que j'ai envie de vous raconter aujourd'hui c'est... le Carnaval !
Cela faisait déjà quelques temps qu'il avait commencé, on s'en était rendus compte assez vite d'ailleurs, lorsqu'on nous avait lancé la première bombe à eau dans la rue, et cela n'a fait que s'amplifier ces dernières semaines. Le carnaval dure en principe du 25 février au 5 mars, mais en réalité les péruviens se préparent bien avant, et on entendait pour la première fois résonner l'air musical de la fête (qu'on continuera d'entendre tous les jours pendant longtemps) dès nos premiers jours ici.
Pour décrire cette fête en un seul mot, il faudrait inventer une nouvelle notion de "folie". C'est la fête en continu : durant le jour on entend la musique du carnaval à tous les coins de rue, des ballons d'eau volent au dessus de nos têtes et on essaye au maximum d'éviter les jets d'eau des jeunes "pistoleros" qui tirent à tout va. Tout le monde joue le jeu, si on se fait toucher, on rigole et on accélère le pas pour éviter les autres munitions qui volent dans les airs. Les moments les plus fous restant ceux où les gens se rassemblent sur la "Plaza de Armas", la place centrale de Cajamarca. On y a été plusieurs fois avec les enfants de Incawasi et les autres volontaires, et on peut toujours être sûrs d'être tranformés en éponges humaines après seulement quelques minutes. D'autant plus que nous sommes des "gringos" ! Pour la petite histoire, on nous appelle "gringo" ou "gringa" parce que nous sommes blancs et que nous sommes des touristes. L'origine du mot viendrait de la déformation sonore du mot anglais green (« vert ») et du verbe anglais go (« aller »). Le vert renvoyant à la couleur des vêtements militaires. La phrase green, go! étant alors utilisé à l’encontre des militaires américains. Fin de la petite minute culturelle.
Être gringos, donc, signifie être une cible prioritaire des groupes de jeunes qui transportent des sacs plastiques remplis de ballons d'eau. Et c'est parfois peu agréable (d'autant plus que certains d'entre eux s'approchent de très près pour les lancer, et ils y mettent une telle force qu'on a l'impression d'être fouettés comme de la crême). Moralité : il faut bien faire attention et surveiller ses arrières. Le week end passé, donc, nous étions en plein dans la fête du carnaval. Nous sommes allés voir le défilé qui avait lieu lundi un peu en périphérie du centre, et nous avons été surpris de voir à quel point les habitants se bousculaient pour avoir une place le long de la rue. Il y avait même des estrades construites avec des rondins de bois pour que les gens s'y assoient (en moyennant la modique somme de 25 soles, ou 7 euros environ). En ce qui nous concerne, on s'est contentés de se faire une place sur le trottoir directement, bien que la dame qui vendait ses assiettes de pomme de terre et fruits de mer à côté nous ait demandé 5 soles chacun pour s'y asseoir (non on n'a pas payé, enfin, faudrait quand pas nous prendre pour des jambons !). Le défilé était très beau bien que un peu long, car chaque quartier et ville de la zone de Cajamarca ont parcouru les rues les uns après les autres, arborant plus ou moins les mêmes déguisements, toujours sur le même air de musique. En tout cas, la bonne humeur était au rendez-vous et les gens s'amusaient beaucoup entre les applaudissements et les explosions de ballons d'eau.
Musiciens endiablés |
Comme je le disais, le carnaval a lieu de jour, mais aussi et surtout la nuit, moment des folies les plus libératrices et des délires regroupés. La première fois que nous sommes sortis durant le week end avec Laura, on s'était rendus sur la Plaza de Armas et on y avait recu un apercu de la fête à la péruvienne : des dizaines de petits groupes, jeunes hommes et jeunes femmes réunis en cercle s'agitant et sautant sur les rythmes endiablés joués par certains d'entres eux, qui à la trompette, qui au tambourin, qui au saxophone, chantant les éternelles chansons du carnaval. Les péruviens boivent, et en quantité. Les gobelets en plastique circulent autour de ces cercles, on les remplit avec une bouteille, on boit puis on passe à son voisin ou sa voisine. Tout le monde partage ce qu'il boit, l'ambiance est conviviale (à part certaines fois quand certains ne savent pas se contrôler et débordent vite d'émotion, mais ils ne sont pas si nombreux). Le maître mot de la fête est la danse, tout le monde bouge en rythme sur les percussions des tambours, on échange des regards et on partage quelques pas de salsa ensemble, on rit beaucoup. Les musiciens improvisés se déplacent alors dans les rues dans des espèces de fanfares ambulantes, d'un point à l'autre de la ville, et peu importe s'il est 5h du matin, on ne s'arrête pas de jouer ! Les stands de nourriture sont aussi au rendez-vous: entre les groupes de jeunes et moins jeunes qui se bousculent dans la rue, on trouve des brochettes de poulet, des hamburgers, churros, barbes à papa et autres pommes d'amour, les odeurs s'envolent et virevoltent autour de nos sens, on se laisse d'ailleurs souvent tenter (surtout moi). Des lampions multicolores se balancent au dessus des gens et viennent compléter la vision folklorique de cette fête en continu. C'est le carnaval.
El dia el màs loco |
Le jour le plus fou du week end aura cependant été ce samedi : dès le matin on sort dans la rue pour se lancer non plus des ballons d'eau à la figure mais... de la peinture ! C'est la raison pour laquelle on considère que le carnaval de Cajamarca est le plus fou de tout le pays, les rues sont innondées de couleurs, les voitures, taxis, tuks tuks et même les voitures de police ne sont plus que d'énormes tâches colorées qui se déplacent dans les rues. On s'est bien amusés ce jour-ci, acceptant notre sort certain de "tableaux humains", nous avons lancé nos ballons d'eau colorée et recu en retour les jets des sauts de peinture envoyés depuis les balcons. Vers midi, le centre ville n'était plus qu'un joyeux chaos multicolore. Les saxophones et tambours étaient au rendez-vous, eux aussi recouverts d'une couleur qui n'était pas la leur et la foule sautait et chantait encore et toujours sur l'air du carnaval. Quand la pluie s'est mise à tomber, personne n'a bougé, au contraire on a continué à danser de plus belle en modifiant le refrain de la chanson en : "Lluvia, lluvia, lluvia por mis carnavales" (de la pluie, de la pluie, de la pluie pour mon carnaval). Après un petit coup de froid, nous sommes retournés à Incawasi pour prendre une bonne douche chaude et nous reposer pour la suite de la folie carnavalesque.
En somme, on a été bien contents d'arriver à Cajamarca pile pour la période du carnaval, et on en garde de très bons souvenirs partagés tant avec les autres volontaires de l'association qu'avec les gens rencontrés ici, maintenant on va se reposer un peu pour récupérer de ces quelques jours intenses. On vous envoie des couleurs dans nos mots, et on espère que vous continuez à nous lire avec passion !
Ça a l'air génial et puis j’apprends des choses avec votre voyage j'ai hâte de voir la suite
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